Intégration

Un documentaire donne la parole aux jeunes recrues du jihadisme

Un documentaire, diffusé mardi 3 février sur France 5, dévoile la puissance des manipulations des jihadistes auprès de certains adolescents. Cathy, Nora, Rachel, Lorie et Samy y racontent leur histoire d'embrigadement sur un ton qui évite le pathos, de justesse.

Sur un fond de musique de film roman­tique, un doc­u­men­taire inti­t­ulé, “Engrenage: les jeunes face à l’is­lam rad­i­cal”,  met en scène les échanges entre jeunes et jihadistes dans la phase de recrute­ment. Pour mieux manip­uler leurs cibles, ces derniers jouent sur le reg­istre émotionnel.

Pour Rachel, 15 ans, issue d’une famille de con­fes­sion juive, la route du jihad prend la forme de con­stantes con­ver­sa­tions avec un homme incon­nu qu’elle a ren­con­tré sur Face­book. “T’es une per­le, t’es une princesse, reste comme t’es, juste aug­mente ta foi” : les com­pli­ments fusent dans les enreg­istrements du Black­ber­ry que le recru­teur lui a acheté pour dia­loguer en toute discrétion.

Dou­nia Bouzar, fon­da­trice du Cen­tre de Pro­tec­tion con­tre les Dérives liées à l’is­lam (CPDI) adopte une approche psy­cho-sociale pour sor­tir les jeunes de l’en­doc­trine­ment. Dans la plu­part des cas, ce sont les par­ents qui la con­tactent. Anthro­po­logue de for­ma­tion, Dou­nia Bouzar se sou­vient des paroles de Lorie, une autre de ces jeunes filles embri­gadées. “Je voulais bien me mari­er sur Skype, mais quand il m’ont dit qu’il faudrait me faire un enfant avant même mon arrivée en Syrie, avec un homme que je n’avais jamais ren­con­tré, j’ai eu des doutes.

Une enquête qui précise les mécanismes d’endoctrinement

Pour la fon­da­trice de la CPDI, véri­ta­ble fil rouge du doc­u­men­taire, de telles hési­ta­tions sont un déclic sal­va­teur pour sor­tir les jeunes de la “chaîne de déshu­man­i­sa­tion” dans laque­lle ils sont emportés.  Des ado­les­cents qui sont sou­vent hyper-sen­si­bles, et dotés d’un sens aigu de la jus­tice, que les recru­teurs flat­tent pour mieux les attir­er dans leurs filets.

Pleine d’amer­tume, Dou­nia rap­porte quelques-uns des argu­ments avancés par les jihadistes : ” Le sen­ti­ment de malaise que tu as, c’est la preuve que Dieu t’a élue parce que tu es supérieure au reste du monde”, ou relate l’his­toire de cette jeune fille, à qui l’on a fait miroi­ter “une kalach­nikov et un bébé chat” pour la con­va­in­cre de rejoin­dre la Syrie.

Dans le quarti­er de La Mein­au, à Stras­bourg, où plusieurs jeunes sont par­tis pour le jihad, les jour­nal­istes fil­ment une des réu­nions de préven­tion aux­quelles par­ticipent respon­s­ables religieux et jeunes du quarti­er. Par­mi eux l’i­mam Salou Faye. Face à lui, des jeunes qui nient par­fois la réal­ité du jihad, ne croy­ant plus aux infor­ma­tions dif­fusées par les chaînes publiques :  “BFM, TF1, tout ce qu’il dis­ent, c’est des men­songes”.  Les théories du com­plot  les rem­pla­cent. Mais le jeune Fouad, dont la soeur est par­tie en Syrie, les aver­tit : “En Syrie, c’est pas le par­adis comme vous croyez: il y a des filles que l’on marie 15 fois !” Une inter­ven­tion qui laisse plusieurs filles interloquées.

Victimes d’un nouveau sectarisme

Le doc­u­men­taire présente les jeunes endoc­trinés comme autant de vic­times, dont les vis­ages sont floutés. Un statut sur lequel la jus­tice française ne s’accorde pas tou­jours. Samy, 15 ans, refu­sait de “faire plus” que les menues corvées con­fiées aux nou­velles recrues. Il a négo­cié son départ avant de pass­er la fron­tière turque sous les balles, racon­te son père la voix cassée. Aujour­d’hui de retour en France, l’ado­les­cent est sus­pec­té d’être un ter­ror­iste par la jus­tice française. Une enquête doit déter­min­er s’il représente un danger.

D’autres ado­les­cents qui ont fui la Syrie comme lui restent en Turquie, par peur des pour­suites légales. Pour la direc­trice du Cen­tre de préven­tion, Dou­nia Bouzar, les tri­bunaux peinent encore à s’adapter au phénomène. “La jus­tice a besoin de temps” pour com­pren­dre que cer­tains des jeunes sont vic­times du ter­ror­isme “comme d’autres sont vic­times de sectes”, con­clut-elle.

La bande-annonce du documentaire:

Le monde en face — Engrenage, les jeunes face à… par france5
Pho­to d’en-tête: Les nou­velles tech­nolo­gies sont un canal très prisé des jihadistes pour recruter de jeunes can­di­dats. (Flickr / Cre­ative Com­mons)