Immigration, Politique

Évacuation de Grande-Synthe, et après ?

C’est la sixième opération de ce type en moins de cinq mois. Ce matin, les forces de la police ont délogé les migrants installés dans le camp de Puythouck à Grande-Synthe. La Préfecture a avancé le besoin de « mettre à l’abri » les 1800 réfugiés installés, mais qu’est-ce qui attend les migrants dans ces fameuses « structures d’hébergement » ?  

Les étangs du Puythouck sont revenus au calme. Dans ce parc municipal, coincé entre la gare de triage et le canal du Bourbourg, la situation était devenue critique. Depuis quelques mois, des centaines de tentes avaient envahi les allées du lac. Ce matin, les 1800 réfugiés installés dans le parc ont été évacués par la police. En moins de quelques heures, les tentes ont disparu, et avec elles, les milliers de migrants Kurdes Irakiens installés dans ce camp improvisé depuis des mois.

Arrivés sur place dès 7h30, les CRS, encadrés par des agents de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), ont demandé aux familles de rassembler leurs affaires. Les familles ont donc quitté le camp dans la précipitation, n’emportant que leurs poussettes et leurs sacs à dos. Les hommes seuls ont été parqués dans des bus à part dès neuf heures vers une destination encore inconnue. Les mairies avaient reçu l’ordre de ne pas communiquer, d’après un élu de Moreuil, qui n’a pas souhaité donner son nom.

L’opération se préparait depuis vendredi. Avec l’arrivée du froid, le Maire de Grande Synthe, Damien Carême (EELV), avait appelé l’attention du nouveau Ministre de l’Intérieur sur la situation de ces migrants. « Je ne laisserai pas ces milliers de personnes dehors pendant l’hiver », avait-il répété hier soir sur le plateau de France 3-Nord-Pas de-Calais.

La préfecture a promis que les migrants seraient « mis à l’abri dans des structures d’hébergement », a déclaré le communiqué, mais difficile de savoir la réalité qui les attend. Depuis la destruction du centre d’accueil de la Linière, en avril 2017, il ne reste plus un seul lieu à Grande Synthe pour accueillir les migrants, a rappelé le maire. Alors, où dormiront les migrants ce soir ?

Rendez-vous dans quelques mois ?

La réponse est tombée ce matin. Les réfugiés s’apprêtent à rejoindre la Somme, où trois villages se sont portées volontaires pour les accueillir : Friville-Escarbotin (dans le Vimeu), Longueau (près d’Amiens) et Moreuil (entre Amiens et Montdidier). Les maires de ces trois villes ont ouvert leurs gymnases pour deux semaines le temps de laisser aux autorités organiser les demandes d’asile.

A quinze heures, 250 familles avaient été « mises à l’abri », selon un tweet de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). La zone de Grande Synthe attend la visite du Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner à la fin de la journée qui viendra saluer le travail des forces de l’ordre, mais l’avenir réservé aux réfugiés placés dans les gymnases reste incertain, et ce d’autant plus que le nombre de place d’accueil dans ces villages (près de deux cents) est bien en-dessous du nombre de migrants déplacées.

Ils auront deux semaines pour préparer leurs demandes d’asile, aidés de l’association Coallia, mandatée par l’Etat pour cette mission. Les élus ne se mentent pas, explique Damien Carême  à Libération, « 10 à 15% des migrants » reviendront à Grande Synthe. Pour eux, les gymnases de la Somme ne seront qu’une étape de plus sur la route de l’exil.

D’après la Préfecture de la Somme, les élus ont été consultés, mais nombre d’entre-eux n’avaient pas été prévenus mardi matin, pas plus que leurs habitants, d’ailleurs. Les maires avaient en effet reçu pour consigne de ne rien communiquer « pour ne pas alerter le camp de Grande Synthe », explique cet élu de Moreuil. La maire de Longueau, Claude Finet (PCF), interprète d’une autre manière cette demande de la préfecture : « on peut toujours craindre des rassemblements ou des barrages au moment de leur arrivée ». Le maire de Moreuil, Pierre Boulanger, (divers droites) évoque quant à lui  « la haine » de certains membres de l’opposition dans son village manifestée sur les réseaux sociaux à son encontre. 

« Devoir d’humanité »

Des réactions sans surprise, dans cette terre d’élection du parti fondé par Jean-Marie le Pen, les militants du Rassemblement National (RN) n’avaient pas attendu pour dénoncer ce choix de reloger ces migrants dans les villages de la Somme :

 

Capture d’écran d’un tweet (supprimé dans l’après-midi) du compte de Bryan Masson

La présidente du Rassemblement National s’est également indignée de cette décision, en éreintant au passage le nouveau ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner :

Loin de ces considérations nationales, les maires des trois communes ont réagi en invoquant le devoir d’humanité : « il était normal qu’ils trouvent du soutien dans ma commune, au moins temporairement », déclare Claude Finet, la maire de Moreuil. A noter que cette décision tombe au moment des vacances scolaires. Deux semaines, donc, « pas plus longtemps », a promis la préfecture.

 

David Pargamin