Histoire

C’est quoi le négationnisme ?

Alors que le chantre du négationnisme, Robert Faurisson, est mort lundi 22 octobre à 89 ans, CFJLab vous propose de revenir, à la lettre, sur l’histoire de cette doctrine.


N
ier les crimes du nazisme

Le néga­tion­nisme est la doc­trine qui nie la réal­ité du géno­cide des Juifs par les nazis, notam­ment l’existence des cham­bres à gaz, d’après la déf­i­ni­tion du Larousse.
Le terme de néga­tion­nisme, est créé en 1987 par l’historien français Hen­ri Rous­so pour désign­er la démarche de fal­si­fi­ca­tion his­torique entre­prise notam­ment par Robert Fau­ris­son. En 1978, l’ancien pro­fesseur de let­tre mort ce lun­di 22 octo­bre 2018, soute­nait dans Le Monde que le géno­cide des juifs par les nazis était un men­songe et que les déportés étaient morts de mal­adies et malnutritions.

Extrême droite et extrême gauche

A par­tir du milieu des années 1980, le néga­tion­nisme devient un thème poli­tique du Front Nation­al (FN). Le 13 sep­tem­bre 1987, au Grand Jury RTL – Le Monde, Jean-Marie Le Pen, alors prési­dent du FN qual­i­fie les cham­bres à gaz de « point de détail de la Sec­onde Guerre mon­di­ale ». Il se demande aus­si si « c’est la vérité révélée à laque­lle tout le monde doit croire » et ajoute que « des his­to­riens débat­tent de ces questions. »
D’un autre côté, ces thès­es trou­vent un écho chez une par­tie des mil­i­tants d’ex­trême gauche, notam­ment l’homme poli­tique Paul Rassinier,  au pré­texte d’une lib­erté absolue d’ex­pres­sion et qui dans son com­bat pour le peu­ple pales­tinien en vient à qual­i­fi­er la Shoah de jus­ti­fi­ca­tion pour la créa­tion d’une État juif.

Gayssot et sa loi de 1990

Pro­mul­guée le 13 juil­let 1990, la loi portée par le député com­mu­niste Jean-Claude Gayssot qual­i­fie de délit la con­tes­ta­tion de « l’existence d’un ou plusieurs crimes con­tre l’humanité », com­mis soit par « les mem­bres d’une organ­i­sa­tion déclarée crim­inelle » en appli­ca­tion du statut édic­té par le tri­bunal mil­i­taire inter­na­tion­al de Nurem­berg en 1945, soit par « une per­son­ne recon­nue coupable de tels crimes par une juri­dic­tion française ou inter­na­tionale ». La loi Gayssot con­damne par con­séquent le fait de nier ou min­imiser l’existence des crimes con­tre l’humanité com­mis par les nazis.

Arti­cle 11 de la Déc­la­ra­tion des Droits de l’Homme et du Citoyen

« La libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées et des opin­ions est un des droits les plus pré­cieux de l’homme ; tout citoyen peut donc par­ler, écrire, imprimer libre­ment, sauf à répon­dre de l’abus de cette lib­erté dans les cas déter­minés par la loi. » Cet arti­cle de loi qui date de 1789 a notam­ment été util­isé par Robert Fau­ris­son pour se défendre suite à ces propos.
En France, la Cour de cas­sa­tion et la Cour d’ap­pel de Paris ont jugé que la lib­erté d’ex­pres­sion pou­vait légitime­ment être restreinte pour des motifs de pro­tec­tion de l’or­dre pub­lic, de la morale et des intérêts des vic­times du nazisme.

Travail his­torique et révisionnisme

Le néga­tion­nisme ne doit pas se con­fon­dre avec le tra­vail his­torique de révi­sion­nisme. Le révi­sion­nisme ne nie pas les faits mais dis­cute leur inter­pré­ta­tion, leur con­texte, leur apport. Il s’agit d’une démarche de l’historien qui utilise des règles et méth­odes sci­en­tifiques pour s’interroger sur l’état de l’histoire.

Iran

Opposant poli­tique d’Israël, l’Iran a plusieurs fois remis en ques­tion le géno­cide juif. En 2006, le prési­dent iranien de l’époque, Mah­moud Ahmadine­jad a évo­qué un « mythe du mas­sacre des juifs. » En jan­vi­er 2015, en protes­ta­tion con­tre les dessins de Char­lie Heb­do, la Mai­son irani­enne du dessin d’hu­mour a notam­ment lancé un « con­cours inter­na­tion­al de car­i­ca­tures de l’Holo­causte » avec pour thème explicite la néga­tion de la Shoah.

ONU

Le 26 jan­vi­er 2007, l’Assem­blée générale des Nations unies a adop­té une réso­lu­tion con­damnant la néga­tion de la Shoah. La réso­lu­tion, pro­posée par Wash­ing­ton et approu­vée par con­sen­sus, “con­damne sans réserve toute néga­tion de l’Holo­causte”. Seul l’I­ran s’y est opposé, esti­mant qu’il s’ag­it d’une ten­ta­tive des Etats-Unis et Israël d’in­stru­men­talis­er l’a­troc­ité de ce crime dans leur pro­pre intérêt politique.

Néga­tion d’autres crimes

La con­damna­tion de la néga­tion de géno­cides est pro­pre à chaque pays. En France, la loi égal­ité et citoyen­neté, du 27 jan­vi­er 2017, sanc­tionne d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’a­mende la néga­tion ou la banal­i­sa­tion d’un crime con­tre l’hu­man­ité. Cepen­dant, le con­seil con­sti­tu­tion­nel sort de la caté­gorie de crime con­tre l’humanité, ceux qui n’ont pas fait l’objet d’une con­damna­tion judi­ci­aire comme le géno­cide arménien de 1915 ou le géno­cide des Tut­sis au Rwan­da en 1994.