Monde, Sécurité

Des ventes d’armes en rafale pour la France

L’armement français ne s’est jamais aussi bien vendu à l’étranger. Le secteur renoue avec ses sommets passés et vise même à les pulvériser alors que les ventes d’armes dans le monde atteignent des chiffres records. Les plus gros clients : les économies émergentes et les pétromonarchies qui ont vu à l’oeuvre les équipements militaires nationaux lors des dernières opérations militaires extérieures de la France.

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6,3 milliards d’euros. C’est le montant du dernier contrat d’armement concrétisé par la France. Un contrat portant sur 24 avions de combat Rafale vendu au Qatar. Le dernier d’une série de contrats qui permet à la France de revenir sur le podium mondial de la vente d’armes.

2014, l’année qui tire vers le haut

A contre-courant d’une balance commerciale toujours déficitaire (-53,8 milliards d’euros en 2014), les chiffres des ventes françaises d’armement sont au plus haut en 2014.

L’exercice 2014 a permis à la France d’exporter pour 8,06 milliards d’euros de matériel militaire, une croissance des ventes de 17,3 % par rapport à 2013.

Le plus important contrat en 2014 se dénomme DONAS. C’est un contrat d’aide à l’armée libanaise financé par l’Arabie saoudite à hauteur de 2,36 milliards de dollars.

Avant 2014, la dernière grande année en vente d’armes était 2009 avec 8,16 milliards d’euros. Le Brésil avait alors commandé à la France quatre sous-marins Scorpène.

2015 voit plus grand que 2014

Malgré la livraison avortée des navires Mistral à la Russie et le dernier échec du Rafale au Brésil, la signature de nombreux contrats, dont les négociations étaient déjà bien entamées, s’annoncent en bonne voie. « J’ai toutes les raisons de penser que nous allons poursuivre sur cette lancée en 2015 », a déclaré le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian le 11 mars lors d’une conférence de presse.

Outre la vente officielle des 24 Rafale au Qatar (6,3 milliards d’euros), la France a concrétisé mi-février la vente de 24 modèles de l’avion de chasse à l’Egypte. Une première exportation historique pour l’avion de Dassault Aviation, réputé onéreux. La vente incluait également une frégate multimissions FREMM et des missiles MBDA. Montant total du contrat : 5,2 milliards d’euros.

Le Premier ministre indien, Narendra Modi a annoncé vendredi 10 avril 2015, la commande de 36 avions Rafale à la France. (CAPTURE d’ECRAN/PALAIS DE L’ELYSEE.)

Des négociations ont débuté en mai entre la France et l’Inde sur 36 exemplaires du chasseur. Les modalités ainsi que le montant du contrat éventuel ne sont pas encore connus. L’Inde avait formulé un appel d’offres en 2012 portant sur l’acquisition de 126 Rafale avant de finalement se rétracter.

« Si l’on ajoute les Rafale, les hélicoptères et les ventes dans les domaines naval et satellitaire, nous avons déjà engrangé plus de 15 milliards d’euros de commandes d’armement français cette année, affirme Jean-Yves Le Drian. À ces conditions, nous pourrons effectuer les investissements prévus par la Loi de programmation militaire (LPM) pour la modernisation de nos forces. »

La livraison n’est pas toujours le reflet de la commande

Les livraisons de Rafale au Qatar commenceront à la mi-2018 au rythme d’onze par an, selon le ministère de la Défense. Il y a un délai non négligeable entre les commandes et les livraisons de matériel qui conduisent parfois à des annulations ou des suspensions, à l’instar des Mistral russes. L’écart entre les prises de commandes et les équipements livrés est parfois considérable.

Raisons du succès : les guerres au Mali et en Centrafrique entre autres

La multiplication des interventions de l’armée française au Mali, en Centrafique ou en Irak « est une vitrine assez exceptionnelle pour montrer la qualité de armements français », explique-t-on à la Direction générale de l’armement.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, aura joué un rôle majeur dans la hausse des ventes d’armes. Son rôle de VRP a été déterminant notamment dans la compétition face aux Américains pour vendre deux satellites espions aux Emirats Arabes Unis. Toute l’année, il a multiplié les déplacements en Pologne, au Qatar, aux Emirats Arabes Unis, en Inde… où de gros appels d’offres sont en cours.

Enfin, la France profite du fait que les pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite soient en froid avec les Etat-Unis, premier pourvoyeur d’armes au monde, pour booster ses ventes.

Le monde s’arme de plus en plus… surtout au Proche-Orient

En 2014, les ventes d’armes dans le monde « ont augmenté pour la sixième année consécutive », atteignant 57,21 milliards d’euros contre 49,74 milliards d’euros en 2013. Une augmentation de 13,4%, indique un rapport de la société d’information économique, IHS.

L’Arabie saoudite, avec 6,4 milliards d’euros, détrône l’Inde (5,5 milliards d’euros) pour devenir en 2014 le premier importateur mondial d’équipements militaires dans un marché où volume a atteint un niveau record.

« Ce chiffre record a été alimenté par une demande sans précédent des économies émergentes pour des avions militaires et la hausse des tensions régionales au Moyen-Orient et (dans la zone) Asie Pacifique », explique Ben Moores de la société d’information économique.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, était d’ailleurs en visite le 4 mai aux Emirats Arabes Unis pour « créer la confiance »L’objet des discussions : la vente de 60 Rafale. L’émirat fédéral est actuellement engagé dans une guerre contre le Yémen au sein d’une coalition wahhabite.

« En 2015, un dollar sur sept dépensés pour l’achat d’armes (est déboursé) par l’Arabie Saoudite », affirme IHS, soulignant que « le Moyen-Orient est le plus gros marché régional » pour les ventes d’armes. Cette région du monde importera potentiellement quelque 97,71 milliards d’euros dans la décennie à venir selon IHS.

A eux seuls, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont importé 7,64 milliards d’euros d’équipements militaires en 2014, soit davantage que toute l’Europe de l’Ouest.

 

A qui ça profite? Surtout aux Etats-Unis…

Selon un rapport de la société d’information économique, IHS, les États-Unis « fournissent un tiers de toutes les exportations (mondiales) et ont été le principal bénéficiaire de la croissance » du marché avec des ventes atteignant les 21,05 milliards d’euros en 2014.

La Russie, qui fournit principalement la Chine, est le deuxième plus gros exportateur de matériel militaire, avec des ventes totalisant 8,88 milliards d’euros, soit 9% de plus qu’en 2013.

Toutefois, « après des années de croissance, les exportations russes font face à des difficultés » et « une chute des exportations est envisagée en 2015 », tendance que pourraient accentuer les sanctions imposées par les pays occidentaux dans le cadre du conflit ukrainien, estime le rapport.

La chute des prix du pétrole devrait en outre avoir « un impact dévastateur » sur certains clients de Moscou, comme l’Iran et le Venezuela.

Les 8 plus gros exportateurs d’armes au monde en 2014 selon IHS

IHS note que Pékin, auparavant cinquième importateur d’armes mondial, est maintenant à la troisième place.

Le rapport présente également la Corée du Sud, qui a exporté pour 657 millions d’euros d’équipements en 2014, comme « l’étoile montante » des vendeurs d’armes en Asie.

Concernant les entreprises exportatrices, le trio de tête est constitué de groupes américains (Boeing, Lockheed Martin et Raytheon), le constructeur européen Airbus occupant la 4e place.

Ce que la défense représente en France

L’industrie de défense française génère un chiffre d’affaires de plus de 17 milliards d’euros pour 165 000 emplois directs ou indirects, selon un rapport publié en 2014 par le ministère de la Défense.

Grâce aux récents contrats décrochés, « cela représente pour la France près de 30 000 emplois nouveaux sur plusieurs années pour ce secteur industriel », a déclaré le ministre de la Défense lors d’un entretien paru le 3 mai dans le JDD.

Entre 2008 et 2013, les exportations de défense du pays ont contribué à réduire le déficit de la balance commercial de cinq à huit points selon les années, estime un rapport parlementaire datant de décembre 2014.

Bien que les entreprises françaises du secteur ne représentent que 1% des sociétés exportatrices en France, elles ont contribué à près d’un quart des exportations totales de la France sur la période 2010-2013.

Sources des graphiques :

http://www.defense.gouv.fr/content/download/305481/4080807/file/Rapport%20au%20Parlement%202014%20sur%20les%20exportations%20d%5C%27armement%20de%20la%20France.pdf

http://www.sipri.org/research/armaments/production/recent-trends-in-arms-industry/Fact%20Sheet%20Top100%202013.pdf

Crédit photo : Armée de l’air

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