Politique

Comment le Front national met le football au ban

Dans plusieurs municipalités dirigées par le Front national, des coupes budgétaires drastiques touchent les clubs de football amateur. Un choix qui se justifie par « la situation économique » selon le conseiller aux Sports du parti, Eric Domard. Ce n’est pas l’avis des dirigeants de clubs. Notre enquête.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someone

Des présidents qui voient fondre leur budget, des relations compliquées avec les maires, des emplois menacés… Plusieurs clubs de football de villes récemment conquises par le Front national dénoncent des coupes dans les subventions attribuées par les mairies. Selon eux, les motivations des élus ne sont pas seulement économiques mais aussi politiques.

Le FC Mantois pas assez « local », pas assez « sérieux »

A Mantes-La-Ville (Yvelines), les coupes budgétaires pourraient compromettre les emplois des encadrants du club de foot amateur. Pour le président du FC Mantois, Sam Damergys, le risque de devoir réduire le nombre d’éducateurs qui accompagnent les 58 équipes du club plane. « Si le budget n’est pas équilibré, on devra taper dans les dépenses« . Cette année, le club a perdu 60 000 € de subventions, sur un budget qui fluctue chaque année de 650 000 à 700 000 €, soit environ 10 % du total.

Le maire de Mantes-La-Ville, Cyril Nauth, le reconnaît : « Il a fallu faire des choix« . Entre le Club Athlétique et omnisports de la ville (le CAMV) et le FC Mantois, le premier a été privilégié. Les subventions de ce club multisport, uniquement composé de Mantevillois, ont été augmentées. Pourquoi une telle différence de traitement ? « Ce sont des gens plus sérieux« , explique M. Nauth, en bisbille avec les dirigeants du FC Mantois qu’il avait qualifiés de « z’y-va de banlieue » dans une interview donnée au Monde le 11 avril. Il leur reproche de politiser la question à outrance. « M. Mendy (l’entraîneur du club) a un comportement irrespectueux et salit les élus, alors évidemment, on a moins envie de travailler avec lui« . Mais Cyril Nauth se défend de tout clientélisme, assurant défendre « l’intérêt général et non des intérêts particuliers« .

« Le football, c’est super, mais il n’y a pas que ça comme priorité »

Il n’empêche, ses préférences sont claires :  « Le football, c’est super, mais il n’y a pas que ça comme priorité« . Quand bien même le club de foot a aussi un rôle social, l’éducation et la sécurité passent avant pour le maire qui dit faire « davantage confiance à un professeur qu’à un entraîneur de football pour éduquer les enfants« .

Autre raison invoquée : les travaux engagés cet été pour agrandir et rénover le terrain de football. Leur coût, de 240 000 € pour la mairie, justifierait une baisse des subventions cette année. « Il essaye de nous enfumer, pour moi c’est clairement la composante de la population qui joue : le foot, c’est pas son électorat« , assure Sam Damergy. L’essentiel du club est composé « de gens issus de l’immigration« , selon le responsable du FC Mantois.

Cyril Nauth écarte d’un revers de la main ces accusations. Pour lui, ces baisses de subvention sont logiques. « Il n’y a que 200 Mantevillois sur 1000 licenciés au club de foot, vous voudriez payer des impôts pour d’autres villes ?« , s’insurge le maire pour qui Mantes-La-Ville appartient aux Mantevillois.

Beaucaire : un club centenaire coupé en deux

Le club de Mantes-La-Ville n’est pas le seul à se voir privé d’une partie de ses dotations. A Beaucaire, dans le Gard, une manifestation a réuni près de deux cents personnes vendredi dernier pour protester contre les baisses de subvention aux associations décidées par la mairie. Le Stade Beaucairois, club de foot de la ville, est le plus touché par ces coupes. Il a perdu cette année plus de la moitié de ses subventions, passant de 88 500 € à 40 000 €.

La nouvelle est parvenue à Georges Cornillon, le président du club, au moment où la décision était actée. « Il n’y a eu aucune concertation, ils ne nous ont rien dit. S’ils nous avaient prévenus, nous aurions peut-être pu prévoir mais là, on est démunis ». Julien Sanchez, le maire de Beaucaire, reconnaît son tort à ce niveau. « Oui c’est vrai, on aurait pu le recevoir quelques semaines avant, mais on avait prévenu lors des élections municipales que les subventions seraient baissées« . Avec une division par deux des dotations du club, la question de son avenir est posée. « Nous risquons de passer de 24 à 12 équipes » s’inquiète Georges Cornillon.

« C’est peut être parce qu’on a 260 maghrébins sur 384 licenciés… »

A Beaucaire, le football n’est d’ailleurs pas le seul sport touché. Les clubs de handball, de gym et de tennis, ont aussi vu leurs subventions fondre. Pas ceux de l’aviron, du rugby, ou du futsal. Georges Cornillon ne comprend pas. « On est la plus vieille association (1908) et la plus importante de la ville ». Le Stade beaucairois a 400 licenciés, alors que la ville de Beaucaire ne compte que 16 000 habitants.

Le président du club a bien une hypothèse. « C’est peut être parce qu’on a 260 maghrébins sur 384 licenciés…« . « De la pure diffamation, s’insurge Julien Sanchez. Ce monsieur dit n’importe quoi, les décisions sont prises selon des critères objectifs« , notamment le nombre d’adhérents, le niveau du club ou la participation à la vie de la ville. « Il s’agit par exemple des activités que les clubs proposent l’été, comme des bodegas« , explique Julien Sanchez quand on lui demande des précisions. « Chacun ses critères, continue le jeune maire FN. Le club devrait nous remettre un trophée pour ce qu’on fait pour eux. Qu’ils arrêtent de la ramener. Quand on voit les réactions, ça ne donne pas envie d’aider le foot » fulmine-t-il. « Ils n’ont qu’à dire aux socialistes des collectivités territoriales que le méchant maire fasciste mangeur d’enfants coupe les subventions, ils seront très contents de leur en donner« , ironise Julien Sanchez, vraisemblablement agacé par ces débats. Il affirme ne rien avoir contre le foot, simplement, il n’est pas là « pour gaspiller l’argent public« , conclut-il.

La direction nationale du FN défend ses maires

Ces deux villes ne sont pas les seules municipalités touchées par des baisses de subventions, sur les onze que dirige le Front national. La subvention du club de Fréjus (L’étoile sportive fréjussienne) a été abaissée par le maire David Rachline de 20 % l’an dernier, passant de 600 000 à 480 000 €. Au FC Hayange, Loïc François, le président du club, craint des baisses de subvention : « Pour l’instant on ne nous dit rien ». L’an dernier, les subventions du club avaient baissé.

Ces réductions budgétaires n’ont rien d’étonnant pour Eric Domard, le conseiller aux sports du FN : « Le nom d’Hayange parle de lui-même et je comprendrais que M. Engelmann, le maire, choisisse de privilégier d’autres secteurs dans cette ville en difficulté ».

Pour lui, l’essentiel n’est pas que les jeunes jouent au football, mais qu’ils trouvent un emploi. « Il faut diriger les efforts financiers vers des secteurs plus importants« , avance-t-il. La sécurité ou encore l’emploi. Les associations, elles, devront faire avec. Ou plutôt sans.

 

Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someone