Justice, Sécurité

Comprendre le dispositif alerte enlèvement en trois points

Il aura fallu huit heures pour retrouver la petite Berenyss. Le plan alerte enlèvement a fonctionné à plein : derrière les messages diffusés partout en France, se trouve un dispositif bien rôdé qui a fait ses preuves depuis dix ans.

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Impossible d’être passé à côté. Dans la soirée du jeudi 23 avril, tous les moyens de communication possibles ont diffusé l’alerte enlèvement de la petite Berenyss, 7 ans, probablement kidnappée non loin de son domicile en Meurthe-et-Moselle. Elle a été retrouvée dans la soirée, à 120 kilomètres de chez elle, devant la porte d’une femme médecin. La gendarmerie nationale s’est félicitée de l’efficacité du plan alerte enlèvement déclenché dans tout le pays, qui a permis, selon elle, de retrouver l’enfant aussi rapidement. 3millions7 s’est penché sur ce dispositif, aussi exceptionnel qu’efficace.

  • Une décision judiciaire soumise à conditions

Le plan alerte enlèvement ne se lance pas d’un claquement de doigts. C’est une décision judiciaire, qui ne peut être prise que par le procureur de la République. Il faut que quatre conditions soient réunies :

  1. l’enlèvement doit être avéré : une disparition ne peut pas enclencher le plan. Dans le cas de Berenyss, le fait d’avoir aperçu un homme sur les lieux, avant sa disparition, a été un facteur permettant d’accréditer un enlèvement.
  2. la vie ou l’intégrité de la victime doit être en danger. Cela signifie qu’un parent qui enlève son enfant, dans le cas d’un conflit conjugal par exemple, ne déclenchera pas forcément le plan.
  3. le procureur doit disposer d’informations permettant de localiser et d’identifier l’enfant.
  4. la victime doit être mineure.

Enfin, la justice doit obtenir, « lorsque cela est possible », l’accord des parents

  • La participation de tous les diffuseurs d’information

La diffusion extrêmement rapide du plan alerte enlèvement vient de la multiplicité des structures qui relaient le message. En 2006, le Garde des sceaux, Pascal Clément, a signé une convention qui a mis en place le dispositif actuel. Toutes les entreprises contactées acceptent de signer cette convention : les groupes de presse, les régies de transport, les associations d’aide aux victimes… Elles s’engagent à diffuser tous les quarts d’heure, pendant trois heures, le message rédigé au préalable par les autorités, sans l’allonger ni le raccourcir.

Le message doit répondre à des critères très précis : chacun doit identifier la source gouvernementale, il doit contenir des informations précises sur la personne enlevée (son âge, sa taille, les vêtements qu’elle portait…) ainsi qu’une photo. Enfin, il doit inciter les gens à la prudence, en recommandant de ne pas agir par soi-même mais d’appeler un numéro spécial en cas de renseignement.

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Schéma de la diffusion d’une alerte enlèvement. Source : ministère de la Justice

  • La mobilisation de l’ensemble de la société

En bientôt dix ans d’existence, le plan alerte enlèvement a été déclenché quatorze fois. Systématiquement, les enfants enlevés ont été retrouvés vivants. Cette excellence est due notamment à l’importance des moyens mis en oeuvre. En 2010, de nouveaux partenaires ont rejoint la convention initiale de 2006 : les panneaux publicitaires, des sociétés de jeux et de paris, des opérateurs téléphoniques, de telle sorte qu’il est pratiquement impossible de ne pas voir ou entendre le message.

Ces moyens importants sont principalement dédiés à la diffusion de l’information plus qu’en terme d’effectifs des forces de l’ordre, pas plus mobilisés que pour d’autres affaires moins médiatisées, explique un chef d’escadron de la gendarmerie :

« Ce plan ne correspond pas une mobilisation exceptionnelle des moyens de police ou de gendarmerie, qui ont leurs propres alertes en interneIl est fait pour que la société soit avertie, et qu’elle puisse elle aussi réagir. »

Une efficacité qui, pour l’heure, affiche une réussite irréprochable.

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